Femme docteur : qui fut la première, et pourquoi c’est si important ?

Jusqu’en 1875, la France verrouille l’accès des femmes à la médecine par une interdiction légale. Pourtant, 1868 voit une première brèche : une femme est admise, sous conditions drastiques. Les débats parlementaires, à l’époque, révèlent une société crispée à l’idée de bousculer son ordre établi.

Le parcours de Madeleine Brès, première française reconnue officiellement comme médecin, fait basculer l’histoire. Son admission secoue une institution jalousement masculine, dévoilant les paradoxes d’un pays qui se veut moderne mais rechigne à ouvrir grand les portes de l’égalité.

Pourquoi la médecine a longtemps été un territoire interdit aux femmes

La place des femmes en médecine a longtemps été minée par une exclusion construite sur des siècles. Si l’Égypte antique, par exemple, confie à Peseshet la direction de docteurs, ou célèbre Merit Ptah comme pionnière, la Grèce puis l’Europe du Moyen Âge ferment progressivement la porte. Le savoir médical devient un monopole masculin, entretenu par des institutions et des dogmes qui barrent la route aux femmes.

Au Moyen Âge, l’Église contrôle universités et facultés de médecine, excluant systématiquement les femmes. Les rares praticiennes, souvent sages-femmes ou guérisseuses, travaillent en marge, exposées aux accusations de sorcellerie. Les ouvrages médicaux écrits par des hommes ignorent, voire effacent, la contribution féminine.

Voici quelques repères qui illustrent ce basculement :

  • Peseshet dirigeait déjà une communauté de médecins en Égypte, signe que la compétence féminine était reconnue dans l’Antiquité égyptienne.
  • Dans l’Europe médiévale, la pratique médicale féminine est assimilée à la magie ou à l’hérésie, institutionnalisant leur mise à l’écart.

La lente féminisation de la médecine se heurte à l’obstacle universitaire jusqu’au XIXe siècle. Julie-Victoire Daubié brise un plafond en 1861 en accédant à l’université ; Elizabeth Garrett Anderson, Britannique, décroche un doctorat en France. Mais ces exceptions soulignent surtout la rigidité d’un système bâti pour exclure. Le changement avance au compte-gouttes, tant la résistance sociale et institutionnelle à l’émancipation féminine demeure forte.

Qui fut la première femme docteur en France ? Le parcours pionnier de Madeleine Brès

En 1875, Madeleine Brès devient la première française à obtenir le doctorat de médecine. Cette réussite à la faculté de Paris n’est pas seulement une première : c’est un coup de tonnerre dans l’histoire des femmes médecins. Fille d’ouvrier, Madeleine Brès grandit dans l’ombre des hôpitaux où travaille son père. Rien ne la prédestine à franchir le seuil de la faculté de médecine, alors interdite aux femmes.

Son dossier, soutenu par Charles Adolphe Wurtz, doyen ouvert aux idées nouvelles, trouve également l’appui de Victor Duruy, ministre réformateur, et celui, décisif, d’Eugénie de Montijo, impératrice engagée. Mais rien n’est simple : la défiance des enseignants, les procédures administratives opaques, le regard sceptique de ses pairs, tout semble fait pour décourager. Pourtant, Madeleine Brès tient bon, jongle entre études et responsabilités familiales, et soutient une thèse remarquée sur l’allaitement maternel.

Cette victoire ne se limite pas à un diplôme. Elle déclenche une dynamique : la médecine française, jusque-là bastion masculin, commence à s’ouvrir. Peu de femmes suivent immédiatement, mais la voie est tracée, rendant possible pour d’autres l’accès au savoir et à la pratique professionnelle, sans distinction de genre.

Des obstacles persistants : l’égalité des genres en médecine, un combat toujours d’actualité

Les pionnières n’ont pas effacé d’un coup les freins. Aujourd’hui encore, la discrimination de genre dans le secteur médical ne relève pas seulement de l’histoire. Les effectifs féminins progressent dans les universités, mais accéder à la même reconnaissance professionnelle reste un défi.

La progression des carrières féminines en médecine se heurte à des plafonds de verre. Les postes de direction, la prise en main de services hospitaliers ou les chaires universitaires sont majoritairement masculins. Les écarts de rémunération persistent, même à qualification et spécialité équivalentes. Symbole fort, Marie Curie n’est admise à l’Académie de médecine qu’en 1922, bien après ses deux Nobel.

Pour illustrer ces avancées et résistances, voici quelques cas marquants :

  • En 1897, Henriette Mazot ouvre la voie en devenant la première interne en pharmacie.
  • La même année, Marie Kapsevitch obtient le diplôme de vétérinaire, un fait encore exceptionnel pour une femme à cette époque.

Ces inégalités, toujours présentes, interrogent la pratique médicale actuelle. Les initiatives en faveur des carrières féminines se multiplient, mais leur portée reste limitée. Le secteur médical, à l’image de la société, évolue à petits pas. L’égalité des genres en médecine exige bien plus qu’un simple ajustement des effectifs : c’est tout un système de valeurs et d’habitudes qu’il faut renouveler.

Jeune étudiante en blouse hospitalière dans couloir moderne

L’héritage de Madeleine Brès et l’inspiration pour les générations futures

Madeleine Brès ne s’est pas contentée d’obtenir un doctorat en 1875. Elle s’est illustrée par ses actions concrètes, notamment pour la santé des femmes et des enfants. En 1885, elle fonde une crèche à Paris, bien avant que le social ne devienne un enjeu public, mêlant rigueur scientifique et souci du quotidien.

Son influence dépasse la sphère hospitalière. À la tête du journal Hygiène de la femme et de l’enfant, elle vulgarise des savoirs en puériculture, sensibilise le public à la prévention et à l’éducation à la santé. Sa plume, claire et engagée, contribue à l’émancipation des femmes, bien avant que ce combat ne devienne un sujet de société.

Son exemple s’ancre dans le réel : aujourd’hui, les étudiantes sont majoritaires dans les facultés de médecine. Mais son héritage ne se mesure pas à la seule réussite académique. Il se retrouve dans le choix de spécialités jadis réservées aux hommes, dans l’émergence de réseaux de soutien entre médecins, dans la volonté d’améliorer la prise en charge des pathologies spécifiques aux femmes et aux enfants. Des figures comme Marie Curie rappellent que ce mouvement n’a jamais cessé de nourrir l’inspiration, génération après génération.

Le portrait de Madeleine Brès, indissociable de la conquête féminine du savoir médical, continue de résonner. D’autres batailles restent à mener, mais la ligne d’horizon s’est élargie, et chaque nouvelle vocation en médecine porte, sans le savoir, un peu de cette audace originelle.

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